Visit Citebite Deep link provided by Citebite
Close this shade
Source:  http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/la-bas-si-je-n-y-suis-plus-153773
  • samedi 28 juin 2014
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
  Accueil du site > Actualités > Médias > Là-bas si je n’y suis plus !
11%
D'accord avec l'article ?
 
89%
(47 votes) Votez cet article

Là-bas si je n’y suis plus !

Mon sang n’a fait qu’un tour en entendant cette nouvelle, alors que j’écoutais mon émission favorite, sur France-inter, en refaisant le papier peint de ma chambre.

Pas "le jeu des mille euros", mais " Là-bas si j’y suis " , avec Daniel Mermet et son équipe.

« Les rumeurs inquiétantes circulent toujours et nous attendons de connaître précisément les intentions de la direction. Nous vous informerons dès que possible. Pour cela, laissez-nous votre adresse mail sur le site www.la-bas.org.

Chers AMG, nous avons besoin de tout votre soutien, faites circuler le plus possible, partout.

N'oubliez pas que France Inter vous appartient ! »

"Bon dieu ! Ils ne vont pas quand même oser supprimer cette émission !"

J’étais près de la fenêtre, me débattant dans un lai de papier peint.

 Un avion passait très haut dans le ciel.

 J’avais entendu comme à l’habitude, avec un certain plaisir le jingle de l’émission. Un titre de Cole Porter, interprété par Cannonball Adderley. Du jazz, et du bon, avec un bon piston vibrant dés l'allumage !

Cette pétarade synchronisée ensuite de la vieille Harley Davidson, suite du générique, qui vous invite à prendre le large, en lâchant les chevaux, d’une autre façon qu’avec un camping car !

C’est drôle comment en quelques secondes, comme dans un bon roman, ou un bon film, ou une bonne rencontre, un certain ton est donné….

On aime ou l’on déteste, en tout cas ça ne vous laisse pas indifférent.

 C’est pas que j’aime beaucoup Julien Clerc, mais quand j’étais môme, son tube, « la cavalerie », avait fait mouche dans mon imaginaire, déjà pas mal formaté par les œuvres de Jack Kerouac.

« Quand je vois les motos sauvages
Qui traversent nos villages
Venues de Californie
De Flandres ou bien de Paris

Quand je vois filer les bolides
Les cuirs fauves et les cuivres
Qui traversent le pays
Dans le métal et le bruit

Moi je pense à la cavalerie….. »

 

Et à la liberté, bien sûr.

S’il y a une émission qui vous invente des yeux entre les oreilles, c’est bien celle ci !

Pas seulement à cause d’un ton spécifique, de la voix un peu gouailleuse de Mermet, vieux grigou, marin aimant toujours autant la mer, malgré pas mal de désillusions et de naufrages, parfait conteur, et qui vous ferait facilement le coup de la mille et deuxième nuit. 

Non, il y a encore autre chose, qui tient au choix d’une certaine ligne éditoriale atypique, qui donne la parole aux sans grades ( et non aux cent grades), aux utopistes, aux imbéciles heureux vivant des endroits oubliés de la jet set, et pourtant ouvrant chacun leur petite fenêtre radiophonique, pour nous faire vivre leur différence.

La déférence, bien sûr, c’est un autre domaine, qui est à peu près couverte à chaque heure que dieu fait, France inter ou non.

Dans l’émission de ce 26 juin, où l’on rediffusait des extraits d’émissions passés, qu’on peut écouter sur postcast http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=3030, il y en avait une assez croustillante, avec pléthore d’invités de tous bords politiques et journalistiques invités, ( Boniface, Jean Daniel) lors du départ de l’ex ambassadeur du Qatar à Paris. On ne sait pas si Claude Guéant a un verre de champagne à la main, quand il accepte cet interview d’un journaliste de « Là bas si j’y suis » .

En tout cas, mis en difficulté par des questions qu’il juge impertinentes, il ne cache pas son irritation.

Au moins une chose qu’il ne cache pas, me direz vous !

C’est un peu le principe de l’émission. Un concept du désembuage, voir du « désembusquage », de la parole vraie, dérangeante, plus familière il est vrai aux Etats Unis ou dans les pays anglo-saxons en général qu’en France, où il est bon ton de flatter les puissants.

 En tout cas de ne pas les irriter.

« C’est pas correct ! » Conclura Guéant…..( 3.12 du post cast)

« Au cours de ces extraits, choisis par l’équipe, au passage, trouverez vous peut être des raisons, pour laquelle cette émission est aujourd’hui menacée » Nous suggère Daniel Mermet…..

« Je hais vos idées, mais je me battrais jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer ! » Nous dit Voltaire, toujours aussi vivant grâce à sa modernité.

Il est vrai que cette émission ne fait pas dans le consensuel, et c’est tout son charme et sa valeur. Si vous êtes dérangé, comme vous pouvez l’être sur Agoravox, cet espace de publication, ne passant pas par les arcades d’une censure ne disant pas son nom, se contentant de vous dire que vous n’êtes pas dans la ligne rédactionnelle, c’est bon signe.

Pour vous, pour la presse, pour la liberté d’opinion, pour la diversité d’un monde qui puisse continuer a exister en dehors des critères commerciaux publicitaires, tous droits sortis de l’esprit « united colors of Benetton »

Ce jour, plusieurs rédacteurs s’inquiètent, est ce un hasard du temps, d’une presse sirupeuse, aux ordres, ou pire, à qui l’on a même plus besoin de donner des ordres de conformité pour qu’elle prenne la posture du garde-vous, ou du silence.

« Les médias ont remplacé le prêtre d’autrefois, qui, depuis sa chaire, nous disait quoi faire et ne pas faire. Ils contrôlent notre culture de manière très pernicieuse, en marginalisant les discours alternatifs. La pensée radicale ne suscite que la méfiance, elle parait excentrique, déplacée, absolument pas crédible » Nous dit Ken Loach, dans un interview au Télérama de la semaine.

Dans le journal mensuel Le Monde diplomatique, le journaliste Jean-Claude Guillebaud écrit en février 2000 : « Là-bas si j’y suis n’est pas seulement une magnifique innovation radiophonique que plusieurs prix ont récompensée. C’est aussi quelque chose comme un contre-pouvoir médiatique, un lieu unique de résistance à l’air du temps. Les oubliés de la grande information y retrouvent les vaincus du système, les sans-grade et sans-paillettes, les anonymes du bout de la France ou les copains de bistrot que les reporters de l’équipe Mermet savent écouter avec une fraternité sans chichis » 2.

Ce n’est pas la première fois que l’émission rencontre des difficultés.

Déjà en 2006, la direction de France inter avait décidé de déplacer la plage de l’émission, de 15 à 16 heures, au lieu des 17-18heures habituelles. Une volonté manifeste de diminuer l’audience de cette émission populaire et dérangeante, sans aucun doute. 200 000 signatures ne seront pas suffisantes pour faire changer de décision le polit bureau.

Aura-t-il fallu attendre la nomination de monsieur Normal à la présidence, et ses postures de bibendum Michelin, « Moi président », pour que le bruit d’échappement de la vieille Harley s’échappe dans la nuit, sans espoir de retour ?

Même Sarko n’avait pas osé supprimer cette émission phare !

Phare au mileur de la mer des sarcasmes, et des esprits formatés, elle brille par sa différence, répondant exactement au slogan de cette radio.

On voudrait bien que ce soit pas qu'un slogan publicitaire, une coquille vide, à l'intérieur de laquelle on écoute la mer, et son bruit de vagues incessant. 

« Quand s'éloigne la tourmente
Quand retombe la poussière pesante
Et que sombre le pays
Dans le sommeil et l'ennui »

Alors, si c’est le cas, nous resterons orphelins.

Mais nostalgiques de la vieille Harley, et furieux envers l’escroc, monté à l’arrière du scooter, avec cette pétarade lamentable de robot moulinex tentant de monter les blancs en neige !

Pour la moto, comme pour le reste, méfiez vous des imitations !




par bakerstreet vendredi 27 juin 2014 - 65 réactions
11%
D'accord avec l'article ?
 
89%
(47 votes) Votez cet article

Les réactions les plus appréciées

  • Par wesson (---.---.16.66) 27 juin 13:16
    wesson

    Bonjour l’auteur, 

    l’arrêt de cette émission me paraissait être le véritable objectif de la nomination de P. Val à la tête de France Inter. 

    Ayant déjà réussi à détruire Charlie Hebdo, il pouvait tout à fait arriver au même résultat avec France Inter. Et c’est vrai qu’il s’y est très bien pris, sournoisement. Non seulement en rognant petit à petit sur le temps d’antenne, mais aussi sur les crédits dont disposait l’émission. Et également, instrumentaliser les conditions salariales qui sont offertes aux collaborateurs de France Inter en général, tout en faisant reporter cette responsabilité au seul Mermet. 

    P. Val était la personne appropriée pour détruire un aussi beau service public, remplir l’antenne d’émission boboistoide telles que celles de Pascale Clark ou de Frederic Mitterand, et surtout, surtout enlever toute velléité d’émission qui donnerait la parole à des chomeurs ou des grévistes. 

    Et le résultat est au delà de toutes les espérances : les chiffres d’audience sont très mauvais pratiquement partout à l’exception de la tranche d’info matinale (parce que sur les autres radios c’est carrément inécoutable), et justement de la tranche Mermet.

    Ainsi on pourra constater d’ici quelques mois que le service public marche mal, et en tirer la conclusion inéluctable : le privatiser afin de le rendre totalement insipide, et le bourrer de pub.
  • Par Fergus (---.---.237.194) 27 juin 09:28
    Fergus

    Bonjour, Bakerstreet.

    Après avoir chassé les humoristes les plus décoiffants pour les remplacer par des substituts sans la moindre saveur, la suppression de l’émission « Là-bas si j’y suis », déjà menacée dans le passé à plusieurs reprises, serait évidemment un coup dur porté à l’expression libre et caustique sur une antenne qui s’inscrit de plus en plus dans la ligne libérale dominante.

    Oui à Daniel Mermet et à son équipe, sans la moindre hésitation, et cela même s’il leur arrive parfois de pousser le bouchon un peu loin à force de vouloir se démarquer de la doxa du temps.

  • Par alinea (---.---.24.185) 27 juin 13:29
    alinea

    Quand je pense Wesson , que j’ai espéré, oh ! cinq minutes, que la gauche repassant au pouvoir, redonnerait ses lettres de noblesse à la radio ! Sur France Culture, c’est pareil, Jean Lebrun a été mis aux oubliettes, hors micro, pas viré, sûrement trop ancien pour être traité comme un vulgaire intérimaire ! Ça n’a pas arrêté depuis ; sous Sarko toute émission qui vaille fut mise à des « pas d’heure » d’écoute, et raccourcie, c’est peu dire ! Cette pseudo gauche continue le travail ; c’est rien, juste un peu de quotidien qui se vide, un peu d’air, un peu d’intelligence qui rentrait dans la chambre, mais qui n’y rentre plus ! Ils ont tort, nous ne sommes pas tous complétement abrutis !!

  • Par bakerstreet (---.---.186.81) 27 juin 13:45
    bakerstreet

    Wesson


    Bonne analyse. 
    Val, ce jaune, fait partie de ces types qui lentement mais surement change de couleur.

    Tous les peintres amateurs le savent : 
    A force de trop virer, même en partant du rose, du rouge ou du vert, vous finissait par tourner vers le brun, qui est une couleur fâcheuse, et rappelle des mauvais souvenirs....

    Le ton faussement branché de Pascale Clark, les ronds de jambes et les courbettes aux copains de l’inénarrable Frederic Mitterand, voilà les maîtres à penser d’une radio qui n’a pour concurrence que des défilement assommants de pubs. 

    Au moins me direz vous, celles ci disent leur nom !

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération